Vous le savez, les relations d’attachement se tissent dès les premiers instants de vie. Le tout petit bébé commence à sentir très vite ce qu’il advient de ses besoins lorsqu’il les exprime, en fonction de ce qu’il reçoit en retour. Il est important de comprendre que ces relations précoces jouent un rôle fondamental non seulement dans le développement émotionnel, mais aussi physiologique des individus. Le système nerveux autonome (SNA), qui régule automatiquement des fonctions vitales telles que la fréquence cardiaque, la respiration ou la digestion, est profondément influencé par ces expériences relationnelles précoces. En effet, les interactions avec les figures d’attachement façonnent la manière dont le SNA réagit au stress, à la sécurité et aux signaux relationnels.
Ainsi, une sécurité d’attachement suffisante, favorise une régulation plus souple et adaptative, tandis qu’un attachement insécure peut entraîner une réactivité excessive ou inhibée du système nerveux autonome. Cette interconnexion entre physiologie et lien affectif souligne l’importance des premières relations dans la régulation émotionnelle et le bien-être global.
Unyte a établi une infographie pour illustrer ces liens :
Dans notre société moderne, le stress est devenu un compagnon quotidien. Qu’il soit lié au travail, à la charge mentale, aux relations ou encore aux traumatismes passés, il agit silencieusement sur notre corps et notre esprit. Pourtant, derrière ces réactions souvent envahissantes, se cache un chef d’orchestre discret mais fondamental : le système nerveux autonome.
Ce système, responsable de la régulation automatique de nombreuses fonctions vitales, joue un rôle central dans notre capacité à nous sentir en sécurité, à entrer en relation avec les autres, ou au contraire, à nous replier dans des états de survie. Lorsqu’il est déséquilibré — souvent à cause d’un stress chronique ou d’un traumatisme — il peut devenir source de blocages émotionnels, de troubles psychosomatiques, et d’une profonde déconnexion de soi et des autres.
C’est là qu’intervient le Safe and Sound Protocol (SSP), une approche novatrice basée sur la théorie polyvagale, qui utilise la stimulation auditive pour favoriser un retour à l’équilibre du système nerveux. Le SSP peut devenir un véritable catalyseur de transformation, en aidant le corps à retrouver un état de sécurité et d’ouverture au monde.
Le système nerveux autonome (SNA) est l’un des grands régulateurs silencieux de notre organisme. Il agit en arrière-plan, sans que nous en ayons conscience, pour gérer des fonctions essentielles comme la respiration, la digestion, le rythme cardiaque ou encore le sommeil. Mais son rôle dépasse de loin la simple mécanique corporelle.
Le SNA influence profondément notre état d’être : notre niveau d’énergie, notre capacité à nous sentir en sécurité, à entrer en lien avec les autres ou à répondre au stress. Il est composé de deux branches principales : le système sympathique, associé à l’activation, à la fuite ou au combat ; et le système parasympathique, qui favorise le repos, la détente et la digestion. La théorie polyvagale, développée par le neuroscientifique Stephen Porges, apporte une lecture plus fine en introduisant une troisième voie : celle du nerf vague ventral, qui joue un rôle clé dans la régulation émotionnelle et la connexion sociale.
Quand ce système fonctionne harmonieusement, nous pouvons passer naturellement d’un état d’alerte à un état de calme selon les besoins. Mais lorsqu’il est perturbé — par des traumatismes, un stress chronique ou un environnement menaçant — il peut rester bloqué dans des états de survie. Cela se traduit alors par de l’anxiété, une hypervigilance, un isolement, ou au contraire une forme d’engourdissement émotionnel.
Accompagné d’un programme en ligne, des exercices et des rencontres en groupe, c’est précisément cette régulation fine que le Safe and Sound Protocol vise à restaurer.
« Le stress auquel notre cerveau est exposé au cours des 1000 premiers jours de notre vie influence notre santé mentale jusqu’à l’âge adulte. Savez-vous qu’il est toujours possible d’y remédier ?
Les 1000 premiers jours de notre vie vont de notre conception à l’âge de 2 ans. Ces 1000 premiers jours, on ne s’en souvient absolument pas. Pourtant, les recherches en neurosciences indiquent que, comme le cerveau humain est très peu déterminé génétiquement, ces 1000 premiers jours influencent de façon décisive la manière dont notre cerveau se construit. Troubles anxieux, addictions, vulnérabilité au psycho-traumatisme : et s’ils prenaient racine dans nos 1000 premiers jours ? Comprendre la manière dont le système nerveux et le cerveau se développent au cours de cette période permet aussi d’y remédier ! »
à diffuser largement !
Il est crucial de protéger cette période de développement.
Ce qui n’est pas intégré continue donc de s’exprimer de différentes manières :
Réactivité émotionnelle : La personne peut ressentir des émotions intenses comme l’anxiété, la peur ou la colère face à des situations qui lui rappellent, consciemment ou inconsciemment, l’événement traumatique.
Flashbacks ou reviviscences : L’individu peut revivre mentalement le traumatisme, souvent sous forme de souvenirs intrusifs ou de flashbacks, parfois déclenchés par des stimuli sensoriels ou des situations spécifiques.
Évitement : Il est fréquent que les personnes évitent tout ce qui pourrait leur rappeler l’événement traumatique, qu’il s’agisse de lieux, de personnes ou d’activités. Cela peut restreindre leur vie quotidienne.
Symptômes somatiques : Un trauma non résolu peut se manifester par des symptômes physiques, tels que des douleurs, des tensions ou des troubles du sommeil.
Hypervigilance et réactivité : La personne peut devenir hypervigilante, constamment sur le qui-vive, ou réagir de manière disproportionnée à des situations ordinaires.
Conséquences sur les relations : Les traumas non résolus peuvent aussi affecter les relations interpersonnelles, rendant difficile la confiance ou l’établissement de liens stables.
Un trauma non soigné peut entraîner de grandes perturbations dans la vie d’une personne, tant sur le plan médical que psychologique. Il présente un risque important de conduite addictives, la consommation d’alcool et de drogues étant utilisées pour s’anesthésier et ne plus ressentir ce trauma qui revient faire effraction dans la vie quotidienne, au travers des symptômes cités ci-dessus.
Chez beaucoup, beaucoup de personnes, les dérégulations seront plus socialement admises et donc plus difficile à détecter, comme par exemple l’addiction au sport ou au travail. Ceci peut tout à fait aller de paire avec un fonctionnement de vie quotidienne « qui tient », mais qui peut tomber comme un château de cartes.
Pour guérir : intégrer ses expériences adverses
Il est courant d’entendre que « ne plus y penser », « mettre ça de côté » ou encore « passer à autre chose » serait la solution. Par manque de connaissances sur le sujet, l’entourage et parfois même des soignants, peuvent encourager un proche dans ce sens. Pourtant, ce n’est jamais la solution, le trauma ne disparaît malheureusement pas avec le temps qui passe… Sa résolution implique au contraire une démarche thérapeutique, comme l’approche LI-ICV ou l’EMDR.
Comment savoir si un trauma est résolu ?
Grâce à la thérapie, l’événement peut être « traité », c’est-à-dire rangé au bon endroit dans son histoire de vie. Ainsi, on peut se souvenir de ce qu’on a vécu, avec des émotions, des sensations, des images qui varient et tout ça, sans être débordé.e ni anesthésié.e.
Du 10 au 17 juin, vous aurez accès gratuitement à des vidéos avec des clés de compréhension, des pistes de travail pour vous aider à sortir de l’épuisement et gagner en autonomie émotionnelle.
La rédaction de Femme Actuelle a lancé un nouveau podcast intitulé « Manipulé.es », qui donne la parole à ceux dont la vie a été bouleversée par des relations d’emprise.
J’ai eu la plaisir de répondre aux questions d’Anaïs Chabalier pour le 2ème épisode sur les parents toxiques :
Votre blog est intéressant, c’est bien de parler des styles d’attachement insécures à l’âge adulte. Mais pouvez-vous écrire sur l’attachement sécure ? Comment y accéder et comment savoir que nous sommes dans cet attachement ?
Si une personne est sécure et a des capacités relationnelles pour communiquer, peut-elle se fermer ou plonger dans l’insécurité face à des personnes insécures ?
Katia*
Superbe question de Katia ! Elle me permet de revenir sur quelques petits malentendus que j’entends souvent au sujet de la sécurité d’attachement. Et il est vraiment important d’avoir quelques points de repère qui nous guident dans la bonne direction. En effet, le contexte dans lequel on se construit façonne notre vision du monde et cette perception devient « notre réalité ». Il peut alors être difficile de trouver des repères fiables pour aller vers du mieux-être.
Quelques idées reçues :
Se sentir suffisamment « sécure » ne peut pas être un argument pour contraindre l’autre à s’améliorer… « Je suis sécure, donc j’ai raison, donc soigne toi »…. Non ce n’est pas de la sécurité d’attachement, c’est de la manipulation teintée d’une difficulté à prendre sa responsabilité.
Se décrire comme super fort et de savoir gérer sans se plaindre non plus, ce n’est pas de la sécurité.
Il ne s’agit pas non plus de la capacité à dire des choses émotionnelles, en soi…
Mais alors de quoi s’agit-il ?
C’est plutôt une solidité suffisante permettant de se sentir vulnérable tout en étant compétent dans certains domaines. Mais nous allons étoffer tout cela.
Pour rappel, l’attachement sécure c’est un peu l’idéal vers lequel on voudrait tous tendre. En effet, c’est celui dans lequel il y a le moins d’angoisse, ce qui favorise le développement :
de notre créativité
des liens plus sereins avec soi-même
et avec les autres.
Je reviens sur cette représentation proposée par le Cercle de Sécurité. Il représente la construction de l’attachement sécure comme un mouvement relationnel fluide qui permet à l’enfant :
de s’éloigner pour explorer le monde, à la mesure de ce qui est cohérent selon son niveau de développement ;
et se revenir vers sa figure d’attachement pour se reconnecter à sa base de sécurité (pour être consolé, protégé ou émerveiller)
Ce mouvement étant tout ce qu’il y a de plus simple. Le besoin rencontre une réponse satisfaisante la plupart du temps, sans que cela ne soit parasité outre mesure par les problématiques du parent. Et c’est en soi un contexte particulièrement propice à la construction d’une sécurité intérieure suffisante, qui persiste à l’âge adulte. C’est ce que nous allons voir dans la section suivante.
10 signes de sécurité d’attachement
Être en capacité de demander de l’aide. Quand on s’est construit dans un contexte où il fallait être indépendant très tôt ou au contraire qu’il fallait exagérer ses demandes, le rapport que l’on entretient à l’aide est teinté de « risques ». Une personne suffisamment sécure peut naturellement et facilement demander de l’aide, de façon appropriée, tout en pouvant s’appuyer ses ses capacités lorsque c’est possible.
Respecter les tours de parole.S’intéresser à ce que dit son interlocuteur tout en se sentant légitime à prendre la parole à son tour est aussi un signe de sécurité – plutôt que d’occuper tout l’espace de parole ou rester trop dans le silence. Parfois, ces tours de parole ne sont pas respectés à 50/50 car l’un.e des participant.e.s à l’échange vit quelque chose d’intense et bien sûr cela fait partie de la vie. Accueillir l’expérience de l’autre en étant présent.e à sa parole – sans vigilance du moment où l’on va ENFIN pouvoir reprendre la parole – c’est sécure !
Avoir une bonne régulation émotionnelle. Cela veut dire que l’on peut ressentir des émotions désagréables mais qu’elle ne sont pas envahissantes, on arrive à revenir assez facilement dans notre fenêtre de tolérance. Et là aussi il y a un malentendu, être sécure ne signifie pas ne rien ressentir de désagréable, pas du tout ! C’est même l’inverse, on ressent du désagréable (tristesse, frustration, colère, stress quand c’est adapté…) mais cela reste transitoire.
Se réjouir sincèrement pour autrui. Lorsque les réussites ou les joies de nos proches sont perçues pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire de beaux moments d’accomplissement et que l’on partage ce bonheur, c’est un signe de sécurité. Il n’y a pas de place ici pour l’auto-évalutation en négatif ou la jalousie, voire le ressentiment.
Savoir se protéger et protéger ses enfants. C’est une aptitude qui sous-tend que l’on a une représentation interne assez claire et construite de ce qui est « acceptable » de ce qui ne l’est pas. Et que même si c’est inconfortable voire effrayant dans certaines situations, on sait ce qu’il est adéquat de rétablir ou comment il faut agir pour protéger son enfant. Cela implique aussi de savoir faire la part des choses et de ne pas mélanger le vécu de son enfant avec sa propre histoire non résolue.
Avoir de l’empathie. Il s’agit d’une habileté sociale essentielle aux relations puisque l’empathie permet de rejoindre l’autre dans son expérience. Elle nous fait ressentir le vécu d’autrui mais avec une particularité propre à l’attachement sécure, qui est l’absence d’envahissement de cette émotion. Il n’y a pas cette notion de fusion et de perte de contact avec soi-même face à la souffrance dont on est témoin.
Supporter la critique. Prétendre que l’on sait, qu’on est expert qu’on n’a pas besoin de recevoir un regard sur soi, ce n’est pas un signe de sécurité ! Lorsqu’on a emmagasiné suffisamment de « bonnes choses » (empathie, émerveillement, autonomie, exploration etc.) on a plutôt confiance en soi et dans les autres. Ici la confiance en soi se relie au fait de se sentir fondamentalement une bonne personne. De ce fait, la critique ou les reproches sont plutôt des opportunités pour évoluer ou pour prendre soin d’une relation lorsqu’on a blessé quelqu’un. La critique n’est pas interprétée comme « Je suis mauvais.e » ce qui ouvre à l’explication ou la réparation.
Pouvoir se disputer sans drame. Ce n’est pas que le conflit soit agréable en soi, loin de là, mais ce n’est pas pour autant la fin du monde. Il est abordé avec suffisamment de solidité et de sentiment de légitimité. La sécurité interne permet de considérer que ses besoins ou son point de vue sont valables et méritent d’être défendus. Dans une relation proche, cela s’équilibre en laissant l’autre avoir le droit de s’exprimer également !
Ne pas prendre l’émotion d’autrui personnellement. En cas de stress, les styles d’attachement insécures sont marqués par l’interprétation négative des émotions des autres, en lien avec soi. Par exemple, face à la colère d’une personne, on peut se sentir angoissé.e et chercher à apaiser cette colère. Un signe de sécurité au contraire s’observe dans la capacité à faire la part des choses et permet de voir la colère de l’autre pour ce qu’elle est, reliée à l’histoire de cette personne, à la situation à laquelle elle fait face, à son sentiment d’injustice à elle, sans se sentir pris émotionnellement.
Bon équilibre entre l’autonomie et l’interdépendance. Finalement c’est une façon de résumer l’ensemble de ces points – non exhaustifs ! – dans la faculté d’être avec l’autre, jusqu’à entretenir des connexions durables et intimes dans le temps. Comme le dit Dan Siegel dans cette conférence géniale, la santé repose sur la capacité d’être soi-même (un individu séparé), tout en étant relié (connexion). Et il dit, ce n’est pas comme un smoothie où on serait mixé avec l’autre dans un blender et par conséquent indifférenciés : « dans le lien, on ne perd pas la différentiation ». On est ensemble, tout en étant différents.
Styles d’attachement… ou « état d’esprit » d’attachement
Cette notion d’état d’esprit d’attachement est souvent mise en avant, entre autres, par les créatrices du podcast « Therapist Uncensored » et cette nuance met le doigt sur la fluidité de ce qui se passe dans la relation à soi et aux autres. Bien que l’on puisse être fortement identifié.e à un style d’attachement, n’oublions pas que les insécurités sont toujours liées à la sensibilité à certains signaux de stress. Ainsi, je vous invite à penser les 10 signes de l’attachement sécure ci-dessus comme des états d’esprit que vous pouvez expérimenter « à certains moments » et avec « certaines personnes ». En d’autres termes, cette sécurité est peut-être peu visible, elle n’en demeure pas moins présente en chacun de nous.
Pour conclure
Donc, si je reprends la seconde portion de votre question, la sécurité d’attachement permet de ressentir la souffrance de l’autre mais elle protège. Elle protège de l’effondrement, de l’envahissement des émotions négatives au sein des relations interpersonnelles. Elle n’empêche pas de souffrir face aux difficultés de la vie ! Mais elle permet de guérir après un drame ou de revenir plus facilement dans sa fenêtre de tolérance.
Pour s’en approcher et intégrer cette sécurité, il est préférable de s’entourer de personnes qui souhaitent également faire un travail en ce sens car cela s’acquiert en relation. En effet, lire sur le sujet est très formateur et intéressant mais cela ne guérit pas l’attachement, on ne soigne ses insécurités qu’avec d’autres personnes bien intentionnées et elles-mêmes suffisamment sécures. En cela, l’accompagnement en thérapie peut s’avérer nécessaire.
Et vous lecteurs & lectrices, pensez-vous à d’autres signes de sécurité ? N’hésitez pas à les partager.
Via le formulaire ci-dessous, vous pouvez poser votre question en lien avec les thèmes du blog : l’attachement, le psychotrauma, la parentalité. Votre question sera anonymisée et j’y répondrai par un post que vous retrouverez dans le blog dans la catégorie “Vos Questions”. Il ne s’agit bien évidemment pas de thérapie, mais plutôt d’un espace où je me propose de préciser des concepts ou de vous aider à orienter votre réflexion. Au plaisir de vous lire !
Quelle est la part de votre enfant qui vous énerve vraiment, qui vous fait réagir, qui vous fait perdre votre sang-froid ? Je vous partage ici un exercice de Dr. Becky at Good Inside pour vous aider à dénouer ces nœuds émotionnels. Vous vous en doutez : ils en disent long sur nous, parents, et Dr Becky détaille cela clairement :
Est-ce le fait que votre enfant :
n’accepte pas qu’on lui dise non ?
fait de grosses crises de colère ?
ne respecte pas les horaires et attend la dernière minute ?
…
Maintenant, respirez profondément.
Dites-vous d’abord : « Mon enfant ne peut pas se comporter comme ça. Mon enfant doit apprendre ce qui est approprié ! »
Observez les sensations dans votre poitrine, vos épaules, votre estomac ; quelles sont les pensées que vous avez à propos de votre enfant et de vous-même.
Prenez quelques respirations.
Maintenant, dites-vous ceci : « Mon enfant m’apprend à me connaître. Ce qui me chiffonne chez mon enfant… me montre la partie de moi-même avec laquelle je suis le moins en contact« .
Poursuivez : » *Il est probable qu’il s’agisse d’une partie de moi que mes propres parents n’ont pas autorisée ; je me suis fermée à cette partie pour m’adapter à ma famille et maintenant ce circuit s’active lorsque je vois ce comportement chez mon enfant*.
Et c’est là que le bât blesse. Demandez-vous :
« Que se passerait-il si, au lieu de chercher à combler le fossé qui nous sépare, moi et mon enfant, en supprimant ce trait de caractère chez elle, je cherchais à combler le fossé en développant ce trait de caractère en moi ?«
Faites une pause. Observez les sensations dans votre poitrine, vos épaules, votre ventre ; remarquez vos pensées à propos de votre enfant et de vous-même.
Nous n’apprenons jamais autant sur nous-mêmes que lorsque nous sommes prêts à nous demander :
« Qu’est-ce que ma contrariété à l’égard de cette personne me dit sur moi-même ? Quel trait de caractère je vois chez quelqu’un d’autre que je pourrais désirer pour moi-même ? »
Je viens de rompre avec un monsieur avec qui on a passé 2 ans à faire des allers et retours et c’était toujours lui qui partait. Le problème c’est qu’il me reproche de n’être pas centrée sur lui, que je ne sois pas assez affectueuse que je ne lui accorde pas beaucoup de temps et qu’il a besoin d’être nourri. Et moi je me sens ambivalente et donc je n’arrive pas à donner autant que je peux. Il se sent rejeté et il s’en va et ensuite c’est une grande souffrance pour moi d’être abandonnée. Donc mes questions : D’où me vient cette insatisfaction sachant que je tiens à lui ? Et aussi : Qui est l’anxieux et qui est l’évitant ? Et comment guérir?
Sabrina
Qui de nous deux ?
Merci Sabrina* pour ces questions, en particulier celle portant sur « Qui est l’anxieux et qui est l’évitant ? »
J’ai choisi d’illustrer ce thème avec l’image d’une goutte qui se reflète dans son eau : car ce que je voudrais pointer au travers de cette question, c’est qu’un style d’attachement c’est un état plus qu’une catégorie fixe. Que l’on n’EST pas l’anxieux ou l’évitant, mais que l’on RESSENT de l’anxiété ou une nécessité de mise à distance. Ce sont des réponses – des stratégies relationnelles – qui sont défensives au sens où elles sont consécutives à un stress.
Parfois on est très polarisé d’un côté et on se balade de relation en relation en ayant le même type de « réponse », on est donc davantage identifié à un style d’attachement spécifique. D’autres fois cette « réponse » varie en fonction du style de partenaire avec lequel on tisse le lien et l’on va se sentir tantôt évitant tantôt anxieux :
en fonction de la relation
ou au sein d’une même relation.
Pour comprendre ces variations, pensez d’abord aux relations dans lesquelles vous vous sentez bien : vous êtes alors au meilleur de vous-même. Vous vous sentez calme, vous pouvez réfléchir avec fluidité, l’humour est accessible et vous avez accès à la curiosité et à la collaboration.
Mais… la relation de couple peut éloigner de cette sécurité
Si on a une vulnérabilité nous faisant souvent douter de l’autre ou bien que l’on se sent facilement envahi, il y a de fortes chances que cet état de sécurité que je viens de décrire se manifeste plutôt dans des relations que j’appelle « périphériques » : des amitiés, des relations de voisinage ou de travail qui n’engagent pas de sentiment de responsabilité quant au fait de se satisfaire mutuellement sur le plan émotionnel.
Car oui, si le couple peut se rêver comme un havre de paix idéal, dans la réalité il a plutôt tendance à avoir un effet de loupe, qui va augmenter les insécurités relationnelles.
Donc à la question « Qui est l’un, Qui est l’autre », la réponse se situe plutôt dans les états dans lesquels vous vous sentez être à tour de rôle : vous ressentez tous les deux la même chose, mais dans un mouvement de bascule. Vous vous souvenez de ces jeux au parc ?
Un tango sans se toucher
Et au final, ce qui peut être commun à toutes les relations vécues, c’est la difficulté d’avoir accès à de la proximité, à de l’intimité émotionnelle, de pouvoir se sentir vulnérable l’un avec l’autre. La relation devient comme un tango qui se danserait à distance, sans se toucher.
Bien sûr à la longue c’est insatisfaisant, même lorsqu’il y a des sentiments ! Puisqu’à force de répéter des situations où chacun met ses besoins au premier plan, les comportements ont souvent tendance à devenir de plus en plus défensifs et donc à installer de la frustration, de la rancœur et de la distance.
Comment guérir ?
La bonne nouvelle en effet c’est que cela se travaille : le système d’attachement a beau être stable dans le temps si l’on n’y fait rien, il est en revanche tout à fait souple aux réorganisations. Face à des oscillations importantes, il est utile de travailler avec un thérapeute qui comprendra le fonctionnement sous-jacent de ces mouvements de « recherche de proximité / mise à distance ».
Ce que je vous recommande également c’est de travailler à la surface, dans votre vie quotidienne, pour mieux vous connaître :
vous auto-observer dans vos relations périphériques : qu’est-ce qui vous amène plutôt sur l’un des deux pôles ? Quels types de commentaire, style de relations, situations vous dévient du sentiment de sécurité ?
noter à quels types de stress êtes-vous sensible dans vos relations proches ?
vous habituer à nommer ce dont vous avez besoin, ce qui vous sécurise, vous apaise
réfléchir à ce qui vous amène à cette ambivalence : s’il y a une part de vous qui résiste à donner plus, de quoi cherche-t-elle à vous protéger ?
développer de la compassion pour vous même en comprenant que ces stratégies relationnelles, même si elles vous paraissent parfois incompréhensibles, reflètent une part de votre histoire : elles ont été utiles à une époque de votre vie.
Via le formulaire ci-dessous, vous pouvez poser votre question en lien avec les thèmes du blog : l’attachement, le psychotrauma, la parentalité. Votre question sera anonymisée et j’y répondrai par un post que vous retrouverez dans le blog dans la catégorie “Vos Questions”. Il ne s’agit bien évidemment pas de thérapie, mais plutôt d’un espace où je me propose de préciser des concepts ou de vous aider à orienter votre réflexion. Au plaisir de vous lire !