Parentalité

Être parent malgré les manuels, les méthodes et les recettes toutes faites

Dans les rayons des librairies, la parentalité semble avoir trouvé ses réponses avec des méthodes claires, des étapes rassurantes, des promesses d’apaisement. Pourtant, dans certaines familles, ces livres ne fonctionnent pas. Pire encore, ils laissent les parents avec un sentiment d’échec supplémentaire.

Tout d’abord et pour lever tout malentendu, je souhaite préciser d’emblée que je reconnais pleinement la pertinence de la théorie qui sous tend l’éducation positive. Les apports issus de la recherche en psychologie du développement et en attachement sont solides et fondent ma pratique clinique auprès des familles que j’accompagne. Là où les difficultés apparaissent, ce n’est pas dans les fondements théoriques eux mêmes, mais dans leur vulgarisation parfois simplifiée et dans l’écart entre les principes et leur mise en œuvre concrète.

Pourquoi ce décalage entre des propositions séduisantes et la réalité quotidienne ?

Une première raison tient à la complexité de l’attachement. Les stratégies d’attachement ne sont pas des choix conscients ni des styles éducatifs que l’on adopte volontairement. Ce sont des processus automatiques qui se déclenchent en situation de stress : ils s’inscrivent dans le corps, dans la mémoire émotionnelle, dans l’histoire relationnelle précoce et ils échappent largement à l’observation directe. Nous ne nous voyons pas comme nous sommes vus et ressentis par autrui, et encore moins par notre propre enfant.

Face aux comportements intenses, imprévisibles et parfois déroutants d’un enfant, ce sont précisément ces stratégies automatiques qui s’activent. Le parent peut vouloir appliquer une méthode apprise dans un livre et se retrouver débordé par une colère disproportionnée, une peur, un sentiment d’impuissance ou une grande culpabilité. À ce moment-là, c’est le système d’attachement qui est en alerte.

Les débats autour de l’éducation positive illustrent bien cette tendance à la simplification

D’un côté, une vision parfois caricaturale où il suffirait d’accueillir toutes les émotions et de dialoguer pour que tout s’apaise. De l’autre, une réponse inverse tout aussi simplifiée qui consisterait à punir davantage pour rétablir l’autorité. Dans les deux cas, la complexité du lien et du développement affectif est réduite à une opposition binaire.

Or l’éducation positive, dans sa profondeur, ne signifie ni absence de cadre ni effacement du parent. Elle suppose au contraire un adulte capable de rester plus fort, plus grand, plus sage. Un adulte qui contient, qui protège et qui décide lorsque c’est nécessaire. La punition systématique n’est pas davantage une solution universelle. Elle peut parfois stopper un comportement, mais elle ne traite pas ce qui, en dessous, s’active dans le système d’attachement de l’enfant.

Un malentendu majeur concerne souvent la nature même de l’attachement

Beaucoup l’imaginent simplement comme une relation chaleureuse et harmonieuse. En réalité, l’attachement est un système de survie. Lorsque l’enfant perçoit un danger ou une rupture de connexion, il met en place des stratégies pour maintenir le lien avec sa figure parentale et l’intelligence de la survie l’amène à faire ce qui fonctionne ! Ces stratégies peuvent prendre la forme d’une hyperactivation avec des cris, des oppositions, des demandes incessantes ou à l’inverse se manifester par un retrait, une apparente indifférence, une autonomie précoce qui rassure l’entourage mais masque une détresse.

Le parent possède ses propres stratégies. Face aux comportements qui ne correspondent pas à l’enfant rêvé, imaginé, espéré, il peut ressentir de la déception, de la honte, de la colère ou un profond découragement. Ces émotions racontent des blessures relationnelles bien antérieures à la naissance du premier enfant. Et si elles ne sont pas reconnues, elles guident les réactions à l’insu du parent.

C’est là que les livres montrent leurs limites. Ils transmettent des connaissances, parfois précieuses. Ils offrent des repères et ouvrent des pistes de réflexion. Mais ils ne peuvent pas explorer l’histoire singulière de chacun, ni mettre en lumière les angles morts relationnels. De même, un accompagnement qui se limite à des conseils pratiques sans compréhension clinique des processus d’attachement risque de rester en surface.

Travailler sur les processus relationnels – et pas simplement sur les comportements

Lorsque les comportements de l’enfant se répètent, s’intensifient ou viennent toucher des zones sensibles chez le parent, il est nécessaire de bénéficier d’un regard extérieur qualifié. Un professionnel formé aux dimensions cliniques de l’attachement peut aider à identifier ce qui se joue au niveau émotionnel et relationnel. Il s’agit alors de rendre visible l’invisible de manière à comprendre le processus qui organise le comportement (celui de l’enfant mais aussi et peut-être surtout celui du parent) et ainsi, commencer à prendre de la hauteur.

Travailler à son rôle de parent implique de se poser des questions sur soi : Qu’est ce que je ressens face aux comportements de mon enfant que je n’avais pas prévus, rêvés ou imaginés ? Qu’est-ce qui active du stress en moi, dans ma relation avec mon enfant ? Suis-je pleinement présent-e lorsqu’on est ensemble ?

Derrière l’agacement face aux colères répétées se cache parfois une peur de perdre le contrôle. Derrière la déception d’un enfant peu scolaire peut se loger une blessure personnelle ancienne. Derrière la rigidité éducative peut se nicher l’angoisse de ne pas être respecté.

Prendre ce temps d’exploration intérieure ne signifie pas tout relativiser ni tout expliquer par le passé mais cela permet de reprendre sa place d’adulte régulateur. Être plus fort, plus grand, plus sage signifie pouvoir contenir ses propres réactions pour offrir à l’enfant une base suffisamment stable.

Et peut être faut-il aussi adresser un mot aux professionnels de l’accompagnement

Accueillir la souffrance d’un parent ou d’un enfant engage une responsabilité immense. Nous ne travaillons pas seulement avec des outils ou des concepts, mais avec des histoires d’attachement, des vulnérabilités profondes, des systèmes relationnels en tension. Cela suppose un travail continu sur soi, une capacité à reconnaître ses propres zones sensibles et ses stratégies automatiques lorsqu’elles s’activent au contact de celles des autres. Cela suppose aussi une formation rigoureuse, ancrée dans la clinique et dans l’observation fine, au delà des effets de mode et des apprentissages rapides : c’est le travail de toute une vie professionnelle.

Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr

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Attachement et parentalité

Et si ce qui vous énerve chez votre enfant en disait long sur vous-même ?

Quelle est la part de votre enfant qui vous énerve vraiment, qui vous fait réagir, qui vous fait perdre votre sang-froid ? Je vous partage ici un exercice de Dr. Becky at Good Inside pour vous aider à dénouer ces nœuds émotionnels. Vous vous en doutez : ils en disent long sur nous, parents, et Dr Becky détaille cela clairement :

▶ Est-ce le fait que votre enfant :

  • n’accepte pas qu’on lui dise non ?
  • fait de grosses crises de colère ?
  • ne respecte pas les horaires et attend la dernière minute ?

Maintenant, respirez profondément.

▶ Dites-vous d’abord : « Mon enfant ne peut pas se comporter comme ça. Mon enfant doit apprendre ce qui est approprié ! »

Observez les sensations dans votre poitrine, vos épaules, votre estomac ; quelles sont les pensées que vous avez à propos de votre enfant et de vous-même.

Prenez quelques respirations.

▶ Maintenant, dites-vous ceci : « Mon enfant m’apprend à me connaître. Ce qui me chiffonne chez mon enfant… me montre la partie de moi-même avec laquelle je suis le moins en contact« .

Poursuivez :  » *Il est probable qu’il s’agisse d’une partie de moi que mes propres parents n’ont pas autorisée ; je me suis fermée à cette partie pour m’adapter à ma famille et maintenant ce circuit s’active lorsque je vois ce comportement chez mon enfant*.

Et c’est là que le bât blesse. Demandez-vous :

« Que se passerait-il si, au lieu de chercher à combler le fossé qui nous sépare, moi et mon enfant, en supprimant ce trait de caractère chez elle, je cherchais à combler le fossé en développant ce trait de caractère en moi ?« 

Faites une pause. Observez les sensations dans votre poitrine, vos épaules, votre ventre ; remarquez vos pensées à propos de votre enfant et de vous-même.

Nous n’apprenons jamais autant sur nous-mêmes que lorsque nous sommes prêts à nous demander :

« Qu’est-ce que ma contrariété à l’égard de cette personne me dit sur moi-même ? Quel trait de caractère je vois chez quelqu’un d’autre que je pourrais désirer pour moi-même ? »

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Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr

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Styles d’attachement « organisés » et « désorganisé »

Lorsqu’on observe la sécurité d’attachement en action dans une relation parent/enfant, c’est tout ce qu’il y a de plus simple, direct, organisé (dans le sens de cohérent, compréhensible) :

▶ l’enfant a un besoin d’attention, de réconfort ou de partage, il se dirige vers son parent, son parent le rejoint dans son vécu (le console, l’écoute ou s’émerveille avec lui). La solidité de cette base de sécurité lui permet de retourner en exploration. C’est fluide, prévisible et stable !

On distingue ensuite les attachements insécures « organisés » de l’attachement « désorganisé » :

▶ dans les premiers, l’enfant SAIT comment faire fonctionner la relation pour obtenir suffisamment de sécurité. Soit il éteint son signal (évitant) soit il l’augmente (anxieux/ambivalent). Ce n’est donc pas idéal, l’enfant doit réprimer une partie de ses besoins, mais c’est suffisamment organisé et donc prévisible.

▶ dans le second, l’enfant ne COMPREND PAS, il n’arrive pas à faire sens de la relation qui présente des aspects contradictoires, de l’impuissance et de la peur. Il grandit avec la difficulté plus marquée de mettre en place une stratégie efficiente en situation de stress.

Représentation graphique inspirée des travaux de Bert POWELL https://www.guilford.com/author/Bert-Powell

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