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Attachement et parentalité

La puissance de la réparation

Vous avez peut-être déjà entendu dire qu’il suffisait de 20 à 30% d’accordage dans la relation parent/bébé pour que ce dernier développe suffisament de sécurité dans son lien d’attachement. Par accordage, on fait référence à un type d’interaction au cours duquel le parent écoute et répond de façon sensible aux besoins de son bébé.

Ce chiffre est issu des travaux de recherche du Dr Ed Tronick, célèbre notamment pour son « expérience du visage impassible » (Still face experiment) présenté dans cette courte vidéo (attention il faut avoir le coeur bien accroché…). On y voit un bébé en pleine détresse de voir que sa maman devenue impassible ne répond plus à sa communication : le bébé déploie alors toutes les stratégies qu’elle connaît pour faire à nouveau réagir sa mère.

Et ce sont des chiffres qui peuvent être difficiles à comprendre, j’entends souvent la question qui suit « Mais alors… que se passe-t-il le reste du temps ?! ».

Le reste du temps il y a suffisamment de sensibilité et d’auto-observation chez les parents pour se rendre compte quand ils ont fait une erreur, quand ils n’ont pas vu ou compris et qu’ils réparent : ils sont désolés pour leur enfant et le réconfortent. C’est d’une puissance immense.

Ed Tronick dit « C’est un peu comme « The Good, the Bad & the Ugly ». Le bon, c’est ce qui se passe normalement, ce que nous faisons tous avec nos enfants. Le mauvais, c’est lorsque quelque chose de grave se produit, mais que le bébé peut le surmonter. Après tout, lorsque vous arrêtez le « Still Face », la mère et le bébé recommencent à jouer. L’affreux, c’est quand on ne donne aucune chance à l’enfant de revenir au « bon » ; il n’y a pas de réparation et il reste coincé dans cette situation vraiment terrible ».

Le « Still face experiment »

Voyez sur cette vidéo comme le bébé insiste : en déployant toutes ses stratégies, on comprend que d’habitude, ça fonctionne elle obtient ce dont elle a besoin ! On peut facilement en déduire que la réaction de sa maman est tout à fait inhabituelle. L’insistance du bébé est donc à voir comme un bon signe.

Voir aussi : Aider les enfants à réguler leurs émotions https://wp.me/P5qbPu-yf

#trauma#attachement#regulationemotionnelle

Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr

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Honte ou Culpabilité ?

Comprendre la différence entre la Honte et la Culpabilité permet de mieux saisir les enjeux qui les sous-tendent :

La culpabilité est plutôt une réponse adaptée au fait qu’on a fait du tort ou qu’on a fait une erreur : une situation que l’on regrette, pouvant amener à une réparation. On la ressent dans l’espace circonscrit du problème qui s’est présenté. Ce n’est pas vraiment une mauvaise chose puisqu’elle permet de se ressaisir pour rétablir un équilibre ;

La honte quant à elle est plus pernicieuse, elle révèle un sentiment général d’être fondamentalement mauvais.e. Elle fait ressentir la menace que représente le fait d’avoir un regard posé sur soi, que l’on ne peut pas « contrôler » et qui pourrait potentiellement se montrer moqueur, humiliant.

Ce sont les expériences répétées d’humiliations, de rejet et d’absence de soutien qui en sont à l’origine, ça ne vient jamais de nulle part : c’est le monde dans lequel on grandit qui communique ces messages, c’est là qu’on les « apprend » et que le corps les mémorise. Il réactive alors des rougeurs, l’accélération des battement du cœur, l’envie de disparaître…

La honte toxique, lorsqu’elle s’est diffusée dans des pans entiers de l’existence, peut-être le véhicule conduisant à l’isolement, à des comportement d’évitement et aux addictions.

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Les 4 réponses de survie

Ce qu’on appelle “réponse de survie” ou de « protection » correspond à l’adaptation du corps à une situation qui comporte un danger. Le système nerveux détecte de façon instantanée et automatique la meilleure option entre ces différentes possibilités physiologiques : on connait bien le trio “Fight, Flight, Freeze” (Combat, Fuite, Immobilisation ou Figement).

Une quatrième réponse le complète, proposée par Pete Walker : “Fawn” qui peut se traduire comme une réponse de Soumission.

Ces trois premières réponses sont mobilisées face à un danger physique (attaque, accident, catastrophe naturelle etc.) mais aussi face au stress auquel l’enfant est exposé, lorsque que sa figure d’attachement n’est pas en mesure de répondre de façon adaptée à ses besoins émotionnels. Lorsque ces protections s’enclenchent de façon répétitive dans l’enfance, elles se fixent comme mode de fonctionnement relationnel. Bien sûr, il est fréquent de naviguer parmi ces différentes réponses, selon les circonstances rencontrées.

Fawn, la quatrième réponse, est quant à elle une stratégie visant à apaiser et faire plaisir, pour se protéger : Le Besoin de plaire comme réponse de survie.

Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr

Vos Questions

[Vos questions] Mon amie me fait mille reproches, comment la rassurer ?

Bonjour, Je me permets de vous contacter parce qu’à la suite d’un conflit avec une amie, j’ai trouvé votre site. Merci tout d’abord pour les ressources que vous proposez. Ma question concerne l’attachement anxieux : comment se comporter avec une personne à l’attachement anxieux pour la rassurer ? Je ressens de plus en plus d’épuisement face à ses reproches, j’ai l’impression de ne jamais lui donner assez. Je souhaite à la fois lui apporter du réconfort et poser des limites car je vis mal cette sorte de chantage permanent. Cet équilibre est-il possible ? Merci beaucoup à vous !

CAROLINE

Caroline* m’a contactée pour me demander comment rassurer son amie, qui semble mettre en échec toutes ses tentatives de recherche d’apaisement ou de solutions.

Le premier élément qui m’interpelle concerne ce chantage que vous évoquez : s’il y a chantage c’est qu’un y a comme une négociation, c’est-à-dire que vous sentez que vous devez répondre aux attentes de votre amie, en échange de quelque chose. Et que si vous ne vous pliez pas à cette règle, vous en serez privée.

Je fais l’hypothèse que ce quelque chose que vous recevez en échange de sa réassurance, c’est peut-être son amitié. Comme si, par ses reproches récurrents, elle mettait à l’épreuve votre volonté de tout faire pour maintenir le lien avec elle.

Si c’est une hypothèse qui vous paraît plausible, ma proposition serait d’explorer ce que vous ressentez lorsque votre amie vous fait des reproches. Prenez le temps d’observer vos émotions : Est-ce de la peur, de la panique ? Et ressentez-vous également de la colère, de constater que vos efforts n’aboutissent pas à beaucoup de résultats ?

Allons maintenant un peu plus loin : si ces émotions sont en effet présentes, les ressentez-vous comme envahissantes ? Est-ce qu’elles ont tendance à rester en vous au point qu’il serait difficile de penser pleinement à autre chose, que cela créé comme des pensées parasites ?

Si vous sentez que globalement cette situation vous affecte dans ces proportions, c’est probablement que vous revivez au moins trois sensations familières à travers cette relation :

  1. Les reproches de votre amie viennent réveiller des croyances négatives que vous avez sur vous-même, croyances qui sont présentes en vous depuis longtemps.
  2. Ces croyances négatives sont très liées à la peur de vous retrouver seule.
  3. Ces croyances sont si douloureuses qu’une force vous pousse à les faire baisser d’intensité en trouvant une solution pour votre amie. Son apaisement vous apaise car il vous éloigne du risque de vous retrouver seule.

Si je vous amène à réfléchir sur ces points, c’est que c’est là le fond de la problématique que vous rencontrez : les exigences de votre amie viennent rencontrer votre histoire. Tant que vous restez dans une relation, vous êtes coresponsables du type de liens qui vous unissent. A quel point par exemple, sentez-vous que vos besoins sont mis de côté dans ces situations de conflit ? Et si vous écoutez votre boussole interne, liée à vos besoins profonds, dans quelle direction avez-vous profondément envie d’aller ?

Et j’entends aussi qu’une sorte d’usure s’est installée… A la question : “un équilibre est-il possible ?” ma réponse est oui, à la condition 1) que vous vous détachiez de toute forme d’injonction 2) que vous compreniez d’où vient cette propension que vous avez peut-être à “sauver” l’autre 3) et que vous acceptiez toutes les deux que l’intensité de votre relation va diminuer.

En revanche, il ne serait à mon sens pas vraiment constructif de vous diriger vers la recherche de “ce qu’il faudrait faire pour bien la rassurer” car cela ne ferait que vous maintenir dans ce schéma relationnel.

Pour aller plus loin, il est utile de lire sur L’attachement anxieux et la codépendance.

*Prénom modifié

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[Vos questions] Moi anxieuse, lui évitant : que dois-je faire ?

Je suis dans une relation “moi anxieuse / lui évitant” avec des va-et-vient incessants, et puis j’ai dit stop car après une intimité grande, je reçois de la distance en retour, c’est souvent a moi de revenir comme si tout était normal, c’est souffrant pour moi. Quelles stratégies dois-je adopter ? Essayer d’en parler avec lui, jeter l’éponge et l’ignorer, apprendre à être sécure et progressivement amener l’autre à l’être aussi… si cela est possible quel support pourrait m’aider ?
Merci pour votre réponse.

ESTELLE

C’est la question d’une lectrice, Estelle*, qui soulève toute la complexité d’une relation mettant en scène deux personnes ayant des besoins relationnels différents.

Pour l’un, le couple est en grande partie un synonyme de perte de liberté – les attentes de la partenaire vont avoir un effet oppressant, il va se sentir étouffé, envahi… et pour échapper à cette sensation de piège qui se referme sur lui, il va avoir besoin d’agrandir l’espace l’éloignant de sa partenaire. Ce sentiment est encore plus fort après un moment d’intimité où cette fameuse distance a rétréci. Il lui est donc nécessaire de se recentrer sur lui-même et de ressentir de nouveau qu’il contrôle sa vie, qu’il peut enfin fonctionner en “circuit fermé” sans perturbation extérieure.

Et pour l’autre, pour vous Estelle, l’expérience est tout à fait différente puisqu’au contraire, la recherche de proximité, voire peut-être même de fusion avec votre partenaire, se heurte à un refus. Et en effet, c’est très douloureux, surtout que le cycle se répète, parfois même de façon tout à fait prévisible.

Un aspect qui me semble très intéressant dans la formulation votre question, c’est que vous semblez rechercher des outils pour vous aider à “arranger” ce qui dysfonctionne et même à aider votre partenaire à changer. Cela m’amène à vous orienter vers une première réflexion : avez-vous tendance à vous sentir l’unique responsable de ce qui ne va pas dans une relation et/ou la seule à pouvoir y faire quelque chose ? Si oui, serait-il possible que cette tendance remonte à loin dans votre histoire ? Il faut faire très attention avec ce genre de mouvement qui voudrait vous faire résoudre les problèmes pour l’autre et non pas avec l’autre, car cela risque de faire remonter des sensations d’impuissance de l’enfance, d’avoir été trop seule à résoudre des difficultés dépassant les capacités d’un enfant. Et puis outre ces considérations sur les expériences précoces, ça n’aide tout simplement pas à faire avancer la relation. Il ne s’agit-là bien sûr que de simples hypothèses.

Et puis, il est à mon sens essentiel que vous puissiez faire sens de votre attirance pour quelqu’un avec qui le lien apporte aussi une souffrance d’abandon. Une façon d’y voir plus clair est de tracer un grand cercle sur une feuille et de noter à l’intérieur dix à vingt qualificatifs qui vous viennent au sujet de vos donneurs de soins quand vous étiez petite (la ou les personnes qui vous ont élevée) notamment en vous remémorant leur attitude à votre égard : gentil, colérique, conflictuel, doux, impatient, triste, joyeux, imprévisible, préoccupé, distant, disponible, indisponible, drôle, inquiet etc. Une fois que vous êtes satisfaite de votre liste, entourez les adjectifs qui correspondent aussi à votre conjoint. Peut-être y verrez-vous alors des correspondances sur la façon dont votre histoire a influencé vos attentes au sein du couple. Je vous renvoie à cet article pour explorer ce sujet.

Et j’en reviens à votre question initiale : comment faire en sorte que vos besoins à tous les deux soient satisfaits ? Une première réponse est : vous n’arriverez pas à faire bouger grand-chose toute seule. Cela ne fonctionne pas et l’on peut se demander si c’est franchement souhaitable.

En revanche, tant que vous souhaitez continuer la relation, vous pouvez travailler à collaborer tous les deux à devenir de bons connaisseurs de vos tendances respectives :

  • comprendre que ce qui s’active dans le couple n’est pas personnel (c’est lié à vos histoires respectives)
  • identifier ensemble les situations qui créent du stress dans votre relation
  • anticiper et parler en amont de ce qui vous inquiète mutuellement et chercher ensemble des solutions
  • exprimer ce qui vous fait souffrir en décrivant la situation et en disant JE
  • proscrire les accusations “TU es un problème tu me fais mal, TU ne te rends pas compte…°
  • mettre en place des rituels donnant de la prévisibilité aux moments où vous allez être ensemble, même si c’est par téléphone

J’espère que ces éléments vous aideront à vous orienter ; je partage d’autres éléments sur le blog, les ateliers et les vidéos.

*prénom modifié

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Attachement évitant : quand arrive le soir

Pour le Dr Stan Tatkin, les personnes ayant un style d’attachement évitant sont des « îlots » (Islands). Il décrit dans cet extrait la façon dont ce style relationnel s’exprime le soir :

Les « Îlots » sont connus pour apprécier les moments passés seuls. Ils peuvent être des oiseaux de nuit ou se lever avant tout le monde. Mais souvent ils aiment bien s’isoler le soir car c’est leur temps libre. C’est leur moment « youpie ! ouf !! » même s’ils ne l’expriment probablement pas de cette manière. Ils disent plutôt qu’ils ont beaucoup de travail, qu’ils ont besoin de se détendre mais ils ne peuvent pas aller se coucher directement : par exemple ils regardent la télé, vont sur Facebook ou sur l’ordinateur… mais ils peuvent se perdre dans l’autorégulation s’ils sont seuls le soir.

Alors il faut faire attention à vous, îlots. Vous pensez vous débrouiller parfaitement lorsque vous êtes seuls, mais en réalité ce n’est pas le cas. Très souvent, vous vous nourrissez mal,vous dormez mal, vous avez du mal à rester concentré. Cela ne vaut pas pour vous tous, mais pour certain.e.s d’entre vous en effet c’est compliqué. Donc, ce moment « Youpie » est super, vous ne ressentez pas de stress relationnel, vous pouvez vous autoréguler, vous pouvez jouer, sans personne pour interférer ou vous dire quoi faire – ça, c’est la bonne nouvelle !

La mauvaise nouvelle c’est que vous pourriez aussi être en train de réactiver une expérience de votre enfance où on vous a laissé seul.e – avec la façon dont vous avez dû faire face, en vous adaptant à cette solitude en vous autorégulant.

Bon, et pourquoi est-ce que ce serait une mauvaise chose ?

Et bien parce que dans un sens, vous seriez en train de recréer votre propre abandon, sans vous en rendre compte.

Cette partie « Youpie » libre de tout stress interpersonnel, s’accompagne aussi de la négligence et de l’idée que « Je vais retourner dans un état que je connais, j’ai déjà vécu ça, et je sais comment faire ». Je ne ressens peut-être pas que je me sens abandonné.e, mais c’est exactement de cette mémoire qu’il s’agit – et c’est de nouveau ce à quoi je m’adapte ici, en étant seul.e le soir.

Dr Stan Tatkin

Capsule vidéo à retrouver sur Facebook : https://www.facebook.com/drstantatkin/videos/3049183888742855

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Attachement

Famille, couple, parentalité : des ateliers centrés sur les relations

La théorie de l’attachement s’impose comme une une grille de lecture permettant de comprendre les différents styles relationnels des êtres humains. Elle met en évidence l’état d’esprit par lequel nous envisageons les relations ainsi que les facteurs de stress auxquels nous sommes sensibles. Ces facteurs de stress gravitent autour de deux pôles fondamentaux que sont :

  • la recherche de proximité
  • le besoin de mise à distance

Bien sûr, ils ne catégorisent absolument pas qui nous sommes ni ne doivent servir d’étiquettes servant à manipuler les autres, mais ils donnent à voir un mode de protection qui a été très utile au début de la vie. Souvent, il continue de s’exprimer sur le même mode, même quand la vie est différente aujourd’hui – et que fondamentalement, les stratégies d’adaptation d’autrefois ne sont plus forcément nécessaires.

Des ateliers en ligne interactifs

Les ateliers que je vous propose sont des espaces d’apprentissage centrés sur différentes thématiques. Dans une ambiance à la fois studieuse et chaleureuse, où la parole de chacun.e est la bienvenue, nous suivons une trame tout en laissant la place à vos questions.

man and woman near grass field

L’attachement dans la relation de couple

Tous les ateliers (psy ou ouverts à tous) : voir la page

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