a shy boy in white polo covering his face with his hands

Timidité : quelle est la part de l’attachement, du tempérament et de l’expérience ?

Pourquoi certains enfants restent en retrait dès que se présente une situation sociale inconnue, alors que d’autres s’élancent sans hésiter vers la nouveauté ? La question intrigue les chercheurs depuis des décennies et les réponses qu’ils apportent aujourd’hui dessinent un tableau plutôt nuancé. La timidité n’est ni un simple trait de caractère figé, ni le pur résultat de la relation d’attachement. Elle naît de la rencontre entre un tempérament, une relation et une histoire de vie.

Le tempérament s’observe déjà au tout début de la vie

Le psychologue Jerome Kagan a marqué ce champ de recherche en étudiant ce qu’il appelle l’inhibition comportementale. Dès les années 1980, il observe que certains bébés sont hautement réactifs à des stimuli nouveaux, comme par exemple une voix inconnue ou un jouet inattendu. Dès les premiers mois de vie, ces bébés s’agitent et pleurent face à la nouveauté. Leur rythme cardiaque s’accélère, leur cortisol grimpe, leur amygdale cérébrale s’active davantage. Environ un enfant sur cinq présenterait cette prédisposition biologique.

Les études menées sur des jumeaux, notamment par les équipes de Nathan Fox et Kenneth Rubin, ont permis d’estimer la part héréditaire de ce tempérament inhibé. Elle se situerait autour de 40 à 50 %. Attention, bien que leurs travaux aient démontré que l’inhibition précoce tend à prédire l’anxiété sociale à l’âge adulte. cela ne signifie pas qu’un enfant est programmé pour devenir timide. Cela signifie qu’il naît avec une sensibilité particulière (une activité amygdalienne accrue, un rythme cardiaque plus élevé face à la nouveauté) un point de départ biologique sur lequel viendront ensuite se greffer d’autres influences.

L’attachement, un facteur qui oriente la trajectoire

C’est là que la qualité du lien précoce entre en jeu. Les recherches de Marinus van IJzendoorn sur le tempérament inhibé chez l’enfant se concentrent principalement sur l’interaction entre la biologie (le tempérament) et l’environnement (la sensibilité parentale) et montrent qu’un enfant ayant un tempérament inhibé ne suit pas un chemin tout tracé. Bien au contraire, sa timidité évolue différemment selon sa sécurité d’attachement.

Face à un enfant qui se fige, refuse d’aller vers les autres ou fuit le regard, la pression parentale augmente le stress de l’enfant. Ses études prouvent qu’un accompagnement basé sur le soutien émotionnel et le respect du rythme de l’enfant aide à réguler son système nerveux et à atténuer l’inhibition sociale au fil du temps.

Ainsi, un enfant réactif entouré d’un adulte disponible, capable de répondre à ses signaux et de le rassurer face à la nouveauté, voit souvent son inhibition s’atténuer progressivement au fil de l’enfance. À l’inverse, dans un environnement stressant ou face à une parentalité intrusive, il aura plus de risque de développer une timidité plus persistante, parfois vers des troubles anxieux à l’adolescence.

Ces recherchent tendent à montrer que l’attachement ne gomme donc pas le tempérament. Il agit plutôt comme un filtre, un facteur qui amplifie ou atténue la façon dont cette sensibilité innée se déploie dans le temps.

Enfants orchidées ou pissenlits : des différences biologiques de sensibilité à l’environnement

Le chercheur Jay Belsky a proposé un modèle qui a renouvelé la façon de penser cette interaction entre tempérament et environnement avec la susceptibilité différentielle. Popularisée ensuite par Thomas Boyce et Bruce Ellis sous la métaphore de l’orchidée et du pissenlit, cette théorie avance une idée simple et puissante.


Les pissenlits (Dandelions) :
Dotés d’une faible réactivité biologique, ils s’adaptent et survivent de manière résiliente dans des contextes favorables ou défavorables.

Les orchidées (Orchids) :
Caractérisées par une sensibilité biologique marquée, elles dépérissent ou développent des troubles psychopathologiques plus importants dans les contextes mal ajustés, mais s’épanouissent de façon spectaculaire sous des soins attentifs.


Certains enfants, comparables au pissenlit, s’adaptent à peu près partout, quel que soit le terrain qu’on leur propose. D’autres, semblables à l’orchidée, sont beaucoup plus sensibles au contexte. Placés dans un environnement pauvre en soutien, ils souffrent davantage que la moyenne. Mais entourés d’une attention et d’une chaleur suffisantes, ils s’épanouissent parfois plus que les autres enfants. Les enfants au tempérament inhibé appartiennent fréquemment à ce second groupe. Leur système nerveux, plus réactif, les rend particulièrement perméables à la qualité de la relation qu’on leur offre, en bien comme en mal.

Isoler le poids des événements de vie

Reste la question des expériences ponctuelles, une naissance difficile, un déménagement, une séparation temporaire. Leur influence est réelle, mais méthodologiquement délicate à isoler, car ces événements affectent rarement l’enfant seuls. Un déménagement stressant, par exemple, fragilise souvent aussi la disponibilité émotionnelle des parents pendant cette période, ce qui rend difficile de distinguer l’effet de l’événement lui même de celui de la relation qui l’entoure.

Deux types d’études permettent néanmoins d’approcher cette question. Les recherches sur l’adoption internationale, comme celles menées par Michael Rutter avec l’étude English and Romanian Adoptees, offrent un terrain précieux pour séparer l’origine génétique de l’enfant et la qualité de l’environnement d’accueil. Les grandes études longitudinales, comme le programme américain NICHD ou l’étude britannique E Risk menée par Avshalom Caspi et Terrie Moffitt, suivent quant à elles des cohortes d’enfants sur plusieurs années, en mesurant conjointement le tempérament, l’attachement et les événements de vie traversés.

Ce que ces recherches nous apprennent

L’ensemble de ces travaux dessine un modèle en cascade plutôt qu’une explication unique. Le tempérament pose une base biologique. La qualité des interactions précoces façonne ensuite la sécurité de l’attachement. Cette sécurité influence à son tour la façon dont l’enfant aborde ses expériences sociales suivantes. Et ces expériences, accumulées, déterminent si la timidité initiale s’atténue avec le temps ou se stabilise durablement.

Comme à peu près tout ce qui touche à la complexité humaine, comprendre la timidité de son enfant ou la sienne propre, suppose donc de renoncer à une explication simple. Le tempérament donne une direction, la relation d’attachement l’oriente et les expériences viennent ensuite consolider ou infléchir cette trajectoire. C’est précisément cette absence de fatalité qui rend la recherche encourageante. Un enfant réactif n’est pas condamné à rester timide, sa sensibilité peut au contraire devenir une force, à condition de trouver le terrain qui lui convient.

Pour aller plus loin :

Kagan, J. et collègues, travaux sur l’inhibition comportementale, Harvard University.
Boyce, W. T. et Ellis, B. J., modèle orchidée pissenlit et sensibilité biologique au contexte.
Rutter, M. et collègues, étude English and Romanian Adoptees.
Caspi, A. et Moffitt, T. E., étude E Risk.
Rubin, K. H., Coplan, R. J. et Bowker, J. C., recherches sur le retrait social chez l’enfant.

Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr

« Safe & Sound Protocol » : réduire le stress, apaiser les relations


Depuis 2018, je propose le « Safe & Sound Protocol » :

  • C’est par un son filtré que le SSP traite la dysrégulation du système nerveux, à l’origine du stress et des états émotionnels trop réactifs.
  • Le but du SSP est de « calmer » le système nerveux, ce qui permet au patient d’avoir un accès plus facile aux apprentissages et aux relations sociales.

Les changements observés chez les enfants bénéficiant d’un protocole de SSP :

  1. Le contact visuel : les enfant regardent davantage dans les yeux en famille, avec les autres enfants et les enseignants.
  2. L’écoute : une meilleure écoute et une meilleure compréhension du langage
  3. La régulation : un meilleur contrôle des émotions et du comportements, et une meilleure expression du ressenti
  4. Le jeu : une amélioration des comportements de jeu avec les autres enfants
  5. On note fréquemment davantage de câlins et de sourires.

Qu’est-ce que le Safe & Sound Protocol ?

Développé par Stephen Porges, auteur de la théorie polyvagale, le Safe & Sound Protocol (SSP) est une intervention thérapeutique qui permet de mieux réguler le système nerveux. Il aide à réduire le stress tout en augmentant les capacités d’engagement social et la résilience.

Basé sur des dizaines d’années de recherche, le SSP permet de calmer des états physiologiques et émotionnels, ouvrant alors la porte à une amélioration de la communication et de meilleurs résultats en thérapie.

Le SSP montre des résultats significatifs pour les adultes et les enfants qui ont des difficultés de communication et de régulation, comme dans les situations suivantes :

  • Difficultés émotionnelles et sociales
  • Sensibilités auditives, Misophonie
  • Anxiété
  • Trauma
  • Inattention, difficulté à rester en place
  • Troubles du comportement
  • Sentiment d’insécurité, peurs, cauchemars
  • Stress ayant un impact sur l’engagement social

Ce que le système nerveux détecte comme signes de sécurité ou de danger détermine l’accès à des comportements sociaux ou de défense. Même si nous ne sommes pas forcément conscients de la présence d’un danger d’un point de vue cognitif, sur le plan neurobiologique notre corps a déjà amorcé une séquence de processus neuronaux qui faciliteront des comportements de défense tels que le Combat, la Fuite ou le Figement.

Stephen Porges, The Polyvagal theory : Neurophysiological foundations of Emotions, Attachment, Communication and Self-Regulation

Comment fonctionne le SSP ?

Les états émotionnels et physiologiques ont un impact considérable sur la façon dont nous appréhendons les activités de la vie quotidienne. Ainsi, lorsque le patient est plus calme, il est à la fois mieux engagé socialement et plus réceptif à la thérapie.

Cette intervention douce et non invasive consiste à écouter une musique qui a été filtrée d’une façon spécifique afin de stimuler le muscle stapédien de l’oreille moyenne, qui joue un rôle important dans la façon dont nous interprétons la parole, les expressions du visage ainsi que d’autres indices que nous traitons dans les interactions sociales. En stimulant ce muscle, le fonctionnement du nerf facial et du nerf vague – qui jouent tous deux un rôle crucial dans les comportements sociaux – est alors amélioré : les adultes et les enfants qui ont des difficultés à gérer leurs émotions, leurs réponses de stress ou qui ont une sensibilité auditive, ressentent un sentiment de sécurité qui leur permet d’entrer en relation plus facilement.

Ainsi, des comportements sociaux spontanés, une meilleure capacité d’apprentissage, d’auto-régulation et d’engagement relationnel sont souvent observés.

A qui s’adresse le SSP ?

Dans ma pratique clinique, je propose cette modalité thérapeutique aux personnes ayant des difficultés de régulation des émotions, du stress et/ou du comportement, comme par exemple dans les cas de :

  • Hyperactivité, déficit d’attention
  • Crises de rage, impulsivité
  • Anxiété, de crises de panique
  • Isolement relationnel, inhibition
  • Hypervigilance et stress suite à un épisode traumatique

La version digitale est disponible pour les enfants et les adultes et vous permet d’avoir accès au SSP de chez vous selon les horaires qui vous conviennent, avec ma supervision à distance.

Notez bien que le Safe and Sound Protocol ne remplace en aucun cas la thérapie, par exemple il ne fait pas disparaître les schémas relationnels compliqués ou les pensées négatives que l’on peut avoir sur soi-même : son action permet de calmer efficacement l’anxiété, la réactivité, les crises ou à l’inverse les sensations de figement ou l’inhibition. J’ajoute que pour les enfants, le SSP n’a d’efficacité que si les parents font leur propre travail pour mieux se réguler. Dans ces cas là, j’ai constaté à maintes reprises dans ma pratique que des séances de Safe and Sound Protocol ont durablement apaisé des enfants au comportement dérégulé.

Pour connaître les conditions, me contacter par email.

Vous trouverez des publications sur les champs d’application du SSP à cette page (en Anglais) ainsi que d’autres informations sur ces pages :

Unyte-iLS    Dr Stephen Porges    Groupe Facebook


Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr