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Repenser la fenêtre de tolérance, vers une clinique de la capacité

Image par Avelino Calvar Martinez

La notion de fenêtre de tolérance est aujourd’hui largement utilisée en psychotraumatologie pour décrire la zone dans laquelle le système nerveux peut traiter les émotions sans basculer dans l’hyperactivation ou l’effondrement. Popularisée notamment par Dan Siegel, elle a permis de mieux comprendre les réactions post traumatiques et d’offrir un cadre pédagogique clair aux patients, leur permettant de mieux comprendre et repérer les mouvements quotidiens de leur fonctionnement. Pourtant, certains professionnels en interrogent les effets implicites sur le vécu des personnes accompagnées.

C’est le cas de Cathy Malchiodi, art thérapeute, qui remet en question le terme même de tolérance. Dans son article « Le stress traumatique et le cercle des capacités*.
Il est temps de libérer les survivants de traumatismes de la tâche de tolérance », elle écrit :

Et si l’augmentation de la capacité devenait l’objectif principal plutôt que la simple expansion de la capacité à tolérer les réactions pénibles ? Le moi n’est pas nécessairement restauré par l’augmentation de la capacité à tolérer les réactions, mais par le soutien d’expériences tangibles, sensorielles et somatiques d’efficacité, de ressources et de résilience.

Selon elle, parler de tolérance peut involontairement renforcer une injonction déjà bien présente chez de nombreux patients traumatisés. Beaucoup ont appris très tôt à supporter, à encaisser, à faire avec l’insupportable. Leur proposer d’élargir encore leur capacité à « tolérer » peut alors réactiver une dynamique de survie plutôt qu’ouvrir un espace de transformation.

Dans sa pratique, elle propose de remplacer cette notion par celle de fenêtre de capacité. Le glissement sémantique peut sembler subtil mais il change profondément la posture clinique. Il ne s’agit plus de demander au patient de supporter davantage, mais de reconnaître et développer ses capacités d’autorégulation, de créativité et de mise en sens. La capacité évoque un potentiel vivant, évolutif, qui peut se renforcer dans un cadre sécurisant.

Ce changement de vocabulaire a aussi une portée symbolique. D’un côté, tolérer renvoie à l’idée de faire face à quelque chose de pénible, alors que la capacité suggère une compétence en devenir, une ressource que l’on peut explorer et consolider. Pour des personnes qui ont souvent intériorisé l’idée qu’elles doivent être plus fortes ou moins sensibles, cette nuance peut alléger la pression et restaurer un sentiment de dignité.

Dans le champ de l’art thérapie, cette approche prend tout son sens. La création ne vise pas à supporter l’émotion mais à la transformer, à lui donner forme et mouvement. En parlant de fenêtre de capacité, on invite le patient à repérer l’espace dans lequel il peut sentir, penser et créer sans se perdre. On valorise ce qui est possible plutôt que ce qui doit être enduré.

Interroger nos concepts n’est pas un simple exercice théorique car les mots façonnent les représentations et influencent la manière dont nous menons nos accompagnements thérapeutiques. Remplacer la tolérance par la capacité ouvre peut être un chemin plus respectueux du rythme et de l’histoire des personnes traumatisées. C’est une invitation à passer d’une logique de survie à une logique de croissance.

Pour continuer à lire sur ce sujet : Agrandir sa capacité d’intégration : un processus au coeur de la guérison du traumatisme complexe.

*Cathy Malchiodi, Traumatic Stress and the Circle of Capacity. It’s time to release trauma survivors from the task of tolerance, à lire sur Medium

Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr

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Quand le chaos précède la guérison

Pourquoi aller mal peut être une étape nécessaire en psychothérapie

Lorsqu’on commence une psychothérapie, on s’attend souvent à aller mieux rapidement. On imagine un chemin progressif vers plus de sérénité, de clarté et de bien être. Pourtant, beaucoup de patients vivent une expérience déroutante. Par périodes dans la thérapie, ils peuvent se sentir plus confus, plus tristes, plus anxieux ou plus fatigués qu’avant. Cette période peut inquiéter et faire naître des doutes : Est ce que la thérapie fonctionne vraiment ? Est ce que je fais fausse route ? Cette méthode me convient-elle ?Mon état va-t-il empirer ?

En réalité, ce phénomène est non seulement fréquent, mais souvent révélateur d’un processus profond de transformation. Pour le comprendre, il est utile de se tourner vers une idée issue des sciences des systèmes complexes, celle de l’émergence.

Dans la nature, dans le cerveau, dans les sociétés humaines, dans les écosystèmes, on observe un même principe. L’ordre ne se construit pas toujours de façon linéaire. Bien souvent, il émerge d’une phase de désorganisation. Avant qu’un nouveau mode de fonctionnement stable apparaisse, l’ancien doit d’abord se fissurer.

Un système complexe est un ensemble d’éléments qui interagissent entre eux. Le corps humain, les émotions, la personnalité, les relations, l’identité, en font partie. Ces systèmes ne fonctionnent pas comme des machines que l’on peut réparer pièce par pièce, ils évoluent par réorganisations successives. Et ces réorganisations passent presque toujours par des moments de turbulence.

Prenons un exemple simple. Quand une forêt brûle, le paysage devient chaotique, tout semble détruit. Pourtant, cette phase permet parfois à un nouvel écosystème de naître, plus riche et plus résilient. Dans le cerveau, lorsqu’on apprend profondément quelque chose de nouveau, certaines connexions anciennes se fragilisent avant que de nouvelles se consolident. Dans la vie, une remise en question importante précède souvent une période de reconstruction.

La psychothérapie fonctionne selon un principe similaire.

Quand une personne arrive en thérapie, elle a souvent développé des stratégies pour survivre psychiquement. Ces stratégies peuvent être l’évitement, le contrôle, le perfectionnisme, la dissociation, la rationalisation, l’hyperadaptation, ou encore l’oubli de soi. Elles ont été nécessaires à un moment donné car elles ont permis de tenir, de continuer à avancer, parfois dans des contextes difficiles.

Le problème n’est pas que ces stratégies existent. Le problème est qu’elles finissent par enfermer en maintenant un équilibre fragile. Un équilibre qui permet de fonctionner en surface, mais pas de vivre pleinement.

La thérapie consiste en partie à mettre de la lumière sur ces mécanismes. Elle invite à ressentir ce qui était évité, à nommer ce qui était tu, à regarder ce qui était enfoui. Il s’agit de remettre en mouvement ce qui était figé.

Et naturellement, cela déstabilise.

Quand on commence à sentir ses émotions plutôt que de les anesthésier, elles peuvent paraître plus fortes. Quand on prend conscience de ses blessures, elles semblent parfois plus douloureuses. Quand on interroge ses croyances profondes, on peut perdre ses repères. Quand on ose être plus authentique, on peut se sentir plus vulnérable.

C’est ce que l’on pourrait appeler une phase de désorganisation psychique temporaire.

L’ancien système intérieur commence à se fissurer, mais le nouveau n’est pas encore stabilisé, on se retrouve alors entre deux états, entre des protections anciennes qui ne fonctionnent plus et des ressources nouvelles encore fragiles.

Dans le langage des systèmes complexes, on dirait que la personne traverse une zone d’instabilité créative. Une zone où tout semble plus flou, plus intense, plus incertain, mais où se prépare une nouvelle organisation.

Ce moment peut donner l’impression de régresser. En réalité, il s’agit souvent d’une progression profonde.

Aller plus mal ne signifie pas que l’on se détruit. Cela signifie souvent que l’on sent plus, que l’on comprend plus, que l’on se rapproche de zones jusque là protégées. C’est le signe que le travail touche des couches importantes de l’histoire personnelle.

Progressivement, si le cadre thérapeutique est sécurisant (il donne juste la stimulation nécessaire pour faire advenir le changement) et si le travail se poursuit, quelque chose de nouveau commence à émerger : les émotions deviennent plus régulables, les pensées plus nuancées, les relations plus ajustées, les choix plus alignés, le rapport à soi plus bienveillant. Les anciens schémas perdent de leur rigidité et de nouvelles manières d’être prennent forme.

Un nouvel équilibre se construit, plus souple et plus vivant. Ce n’est pas un retour à l’état d’avant. C’est un état différent. Un état plus intégré.

C’est ce que l’on observe chez beaucoup de personnes qui persévèrent en thérapie. Après une phase parfois inconfortable, elles décrivent un mieux être plus stable. Moins dépendant des circonstances extérieures. Moins fragile. Plus durable.

Comprendre cela peut aider à traverser les moments difficiles du processus.

Si vous traversez une période où vous vous sentez plus fragile depuis le début de votre thérapie, cela ne signifie pas nécessairement que quelque chose ne va pas, mais que quelque chose est en train de se transformer.

Bien sûr, chaque parcours est unique et il est important de parler de ces ressentis avec sa/son thérapeute. Mais il peut être rassurant de savoir que le chaos n’est pas l’ennemi de la guérison, il en est souvent une étape.

Comme dans de nombreux systèmes vivants, l’être humain se réorganise parfois en passant par une zone de turbulence. C’est dans ce mouvement que peut émerger une forme plus juste, plus libre et solide de soi même.

Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr

ESPT (Etat de Stress Post-Traumatique), Non classé, Théorie polyvagale

Et si votre difficulté à avancer était en réalité une réponse de figement ?

Image par VintageStockCatalog

Comme face à Méduse, tout mouvement devient impossible.
Car le figement n’est pas un choix, c’est une réponse automatique de survie.

Quand le corps doit se pétrifier pour survivre

Lorsqu’on parle de trauma, on évoque souvent la fuite ou le combat. Pourtant, une autre réponse de survie est tout aussi fondamentale et elle reste moins bien comprise. Il s’agit du figement, aussi appelé freeze. Plus discrète encore, une forme moderne et invisible de cette réponse existe aujourd’hui, c’est le figement fonctionnel. Comprendre ces états permet de transformer profondément notre regard sur de nombreux symptômes physiques, émotionnels et comportementaux.

Vous trouverez sur ce site de nombreux contenus sur le trauma et le fonctionnement du système nerveux autonome. Ce que nous allons aborder ici concerne spécifiquement le figement.

Le système nerveux autonome est conçu pour assurer notre survie. Face à une menace perçue, il active automatiquement une réponse adaptée : si le danger peut être affronté, le corps mobilise l’énergie du combat et s’il est possible de s’en éloigner, il active la fuite. Mais lorsque aucune action ne semble possible, le système nerveux choisit le figement. Cette réponse n’est ni consciente ni volontaire, elle est biologique, automatique et profondément intelligente.

Le figement survient lorsque l’organisme estime qu’il n’existe aucune issue. Le corps entre alors dans un état de protection maximale. L’énergie diminue fortement, les fonctions non essentielles sont mises en veille et le système nerveux parasympathique dorsal prend le relais. La perception se modifie, les émotions peuvent s’émousser et la douleur se faire plus lointaine. Sur le plan subjectif, cela peut se traduire par une sensation de vide, d’engourdissement, de confusion mentale, une difficulté à penser ou à agir, une immobilité intérieure et parfois une dissociation plus ou moins marquée. Le figement est une stratégie de survie lorsque le système est dépassé.

Chez certaines personnes, en particulier ayant vécu des traumas précoces et ou relationnels répétés, le système nerveux apprend logiquement que le monde est dangereux et même plus encore, que les tentatives d’agir sont perdues d’avance. C’est une forme de résignation apprise (learned helplessness), un état psychologique dans lequel un individu humain ou animal, exposé à des situations aversives (douleur, échec, stress) incontrôlables finit par abandonner toute tentative d’y échapper ou de les éviter, même lorsque des solutions deviennent disponibles plus tard. Les études de Seligman sur les chiens sont éclairantes à ce sujet :

Dans les années 1960, le Pr Martin Seligman et ses collègues ont mené des expériences sur des chiens. Ceux-ci recevaient des chocs électriques dans une cage sans avoir aucun moyen de s’en protéger. Après plusieurs essais, les chiens ne tentaient plus de fuir, même lorsqu’on leur offrait une issue. Ils restaient passifs, comme s’ils avaient « appris » que leurs actions n’avaient aucun effet.

Mécanismes :

  • Perte de contrôle perçu : L’individu généralise l’idée que ses actions sont inefficaces.
  • Symptômes : Apathie, baisse de motivation, dépression, difficulté à apprendre de nouvelles stratégies d’adaptation.

Le figement peut alors s’installer comme un état de fond plutôt que comme une réponse ponctuelle. Cela peut s’exprimer par une fatigue chronique, un brouillard mental, des douleurs persistantes, une difficulté à se concentrer, un sentiment d’être éteint ou déconnecté et une grande difficulté à passer à l’action malgré une réelle volonté de changer.

Figement et figement fonctionnel

Le figement fonctionnel est une forme plus subtile de ce même mécanisme. Il s’agit d’un concept issu de l’observation clinique et somatique, permettant de décrire un état de figement interne masqué par un fonctionnement social et professionnel préservé.

Le figement ressemble au mythe de Méduse dans lequel, face à une menace perçue comme inévitable, le vivant se transforme en pierre. Le regard de Méduse ne tue pas, il immobilise.

Extrait de la fresque de Carrache au palais Farnèse : 
Persée pétrifie ses ennemis grâce à la tête de Méduse, tranchée par Persée.
Par Annibale Carracci and Domenichino

Ce concept de figement fonctionnel s’inscrit dans la continuité des travaux de Stephen Porges sur le système nerveux autonome et de Peter Levine sur les réponses de survie. À l’extérieur, tout semble aller bien. La personne travaille, assume ses responsabilités, se montre compétente, organisée et souvent très performante. Elle peut être perçue comme solide, fiable ou même brillante. À l’intérieur, pourtant, l’expérience est tout autre. Il y a une sensation de coupure avec soi, une rigidité interne, un hypercontrôle constant, un épuisement profond et un manque de plaisir ou de vitalité. Ralentir devient difficile, voire angoissant. Le mouvement est possible, mais il est coûteux.

En réalité, le corps est encore en mode survie. Il fonctionne, mais il ne vit pas pleinement. En suivant la métaphore de Méduse, on pourrait dire que dans le figement fonctionnel, la statue continue de bouger, de travailler et de fonctionner, mais quelque chose à l’intérieur est minéralisé. L’élan vital est sous contrôle permanent. Comme Méduse, ces états sont souvent mal compris et chargés de honte, alors qu’ils racontent une histoire de survie extrême. On ne sort pas du figement en l’attaquant de front. Comme Persée, on avance indirectement, par sécurité, par reflet, jusqu’à ce que le corps n’ait plus besoin de se transformer en pierre.

C’est pour cette raison que les injonctions à se motiver, à se discipliner ou à penser positivement sont généralement inefficaces. Dans le figement, le problème se situe au plan neurobiologique. Le cerveau rationnel peut vouloir avancer et faire des projets, mais le système nerveux envoie un message clair : c’est insécurisant. Se forcer ne fait alors qu’aggraver la situation en augmentant la surcharge physiologique, l’épuisement et la déconnexion corporelle.

Il n’y a pas de « quick fix » pour sortir du figement. Cela prend beaucoup de temps et de patience renouvelée. L’effort mental n’étant pas très efficace, l’attention est à porter sur une restauration progressive de la sécurité dans le corps. Cela implique un travail sur la régulation du système nerveux, une reconnexion corporelle douce, une diminution de la surcharge physiologique, notamment en soutenant le sommeil et en réduisant l’inflammation, ainsi qu’un respect profond du rythme interne. Les petits mouvements et les micro choix sont souvent bien plus efficaces que les changements brutaux. Le corps doit d’abord sentir qu’il est en sécurité avant de pouvoir évoluer.

Changer de regard sur la « paresse » ou la procrastination

Comprendre le figement et le figement fonctionnel permet un changement de regard essentiel. Ce qui était perçu comme de la paresse ou un manque de volonté apparaît alors pour ce que c’est réellement, une intelligence de survie qui a permis de tenir dans des contextes où il n’était pas possible de faire autrement. La guérison commence lorsque l’on cesse de demander au corps de faire plus : si l’envie qui se présente est de se mettre en boule sous une couverture, pourquoi ne pas aller dans le sens du corps ? Offrir de la lenteur, de la chaleur, une musique enveloppante sans surstimulation (car de nos jours le repos est souvent confondu avec du visionnage compulsif de séries et de temps évaporé sur les réseaux sociaux : ce n’est pas du tout du repos pour l’organisme).

Retrouver de la vitalité ne consiste pas à forcer la sortie du figement, mais à accompagner doucement le corps pour qu’il n’ait plus besoin de s’y réfugier.

Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr

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Comprendre la Limérence : obsession amoureuse et négligence émotionnelle

Image par Jerzy

La limérence est un état affectif intense, souvent confondu avec l’amour ou la passion, mais qui s’en distingue par sa dimension envahissante. Elle se manifeste par une focalisation presque exclusive sur une personne idéalisée, appelée objet de limérence, et par un besoin profond de réciprocité émotionnelle. Les pensées deviennent répétitives, parfois obsessionnelles, oscillant entre un espoir euphorique et une angoisse du rejet. La relation réelle importe parfois moins que le lien imaginaire, nourri par des signes, souvent minimes, qui sont réinterprétés comme des preuves d’attirance.


Le terme limérence a été proposé à la fin des années 1970 par la psychologue américaine Dorothy Tennov. Elle l’a proposé pour décrire un état psychologique spécifique qu’elle observait chez de nombreuses personnes et qui ne correspondait pas à l’amour romantique classique.
La limérence désigne selon elle une expérience involontaire, marquée par un désir intense de réciprocité émotionnelle, une idéalisation de l’autre et une forte dépendance aux signes perçus d’intérêt ou de rejet.
En nommant ce phénomène, Dorothy Tennov a permis de le distinguer cliniquement de l’amour, ouvrant la voie à une compréhension plus fine de ses mécanismes émotionnels et relationnels.

Love and Limerence: The Experience Of Being In Love – Dorothy Tennov

Pour comprendre la limérence, il est utile de la replacer dans une histoire émotionnelle plus large. De nombreux travaux en psychologie suggèrent que cet état n’apparait pas par hasard. Il s’enracine souvent dans des expériences précoces où les besoins affectifs fondamentaux n’ont pas été suffisamment reconnus ou satisfaits. La négligence émotionnelle dans l’enfance, qu’elle soit manifeste ou subtile, crée un terrain particulièrement propice à ce type d’attachement intense.

La négligence dans l’enfance ne signifie pas nécessairement une absence totale de soins ou d’amour. Elle peut prendre la forme de parents présents physiquement mais indisponibles émotionnellement, peu à l’écoute des ressentis, ou incapables de répondre de manière cohérente aux besoins affectifs de l’enfant. Dans ces conditions, l’enfant apprend que ses émotions ne sont pas pleinement accueillies. Il peut développer une vigilance accrue aux signes d’attention et une peur diffuse de l’abandon.

Plus tard, à l’âge adulte, la limérence peut apparaître comme une tentative de réparation inconsciente. L’objet de limérence devient le dépositaire d’un espoir ancien, celui d être enfin vu, choisi et validé sans réserve. L’intensité émotionnelle ne vient pas seulement de la personne en face, mais de la charge affective du passé qui se rejoue. Ce n’est pas tant l’autre qui est désiré, que l’expérience réparatrice qu’il semble promettre.

Dans ce contexte, la limérence fonctionne comme une stratégie d’attachement. Elle mobilise l’imagination, l’anticipation et l’hyper interprétation pour maintenir un lien, même fragile. Chaque message, chaque regard, chaque silence prend une importance disproportionnée avec peu d’ancrage dans la réalité. Cette hypersensibilité rappelle celle de l’enfant qui guettait les variations d’humeur de ses figures parentales afin d’ajuster son comportement et de préserver la relation.

La souffrance associée à la limérence est souvent intense, car elle repose sur une insécurité profonde. L’autre est placé sur un piédestal, doté du pouvoir de combler un vide ancien. Or aucun être humain réel ne peut soutenir durablement ce rôle. Lorsque la réciprocité n’est pas au rendez vous, ou que la relation se révèle imparfaite, la douleur réactive les blessures de négligence initiales, renforçant le sentiment de ne pas être digne d’amour.

Mettre la limérence en perspective avec la négligence dans l’enfance permet de changer le regard que l’on porte sur ce phénomène. Il ne s’agit plus d’une faiblesse ou d’une dépendance affective honteuse, mais des conséquences des manquements dans la relation d’attachement primaire. Reconnaître cette origine ouvre la voie à un travail de réparation plus profond, centré sur la reconnaissance des besoins émotionnels et l’apprentissage de relations plus sécurisantes.

Cela implique de cultiver l’auto-compassion, de renforcer sa capacité à ressentir et réguler ses émotions, et souvent, de revisiter son histoire avec l’aide d’un professionnel. Peu à peu, l’intensité fusionnelle peut laisser place à un attachement plus apaisé, où la relation ne sert plus à combler un manque ancien, mais à partager une présence vivante.

Laetitia Bluteau | laetitiabluteau.fr

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Quand les psy abusent | épisode du podcast Les Pieds sur Terre

Laure consulte un psychiatre pour se départir d’une relation toxique. Sur fond de dévoiement de la notion de transfert et de “câlinothérapie”, il l’abuse. Les parents de Chloé consultent un psychanalyste pour régler leurs problèmes de couple, mais la thérapie ne se passe pas comme d’habitude.

Attention, accrochez vos ceintures, c’est un sujet qui glace le sang.

Merci à Sonia Kronlung qui ajoute en préambule que la plupart des psy aident leurs patients, c’est important de le souligner ! Mais il faut aussi protéger les personnes qui ont été victimes d’emprise ou de violences sexuelles, car leur perception des limites, de ce qui est juste ou ne l’est pas, peut être floue et difficile à discerner.

Ce posdcast peut être utile dans ce sens. Surtout, si vous avez un doute, il est important d’en parler autour de vous : c’est ce qui a permis à Laure, qui témoigne dans la première partie, à finalement poser des limites et se protéger.

Dans cet épisode de l’émission Les Pieds sur terre (France Culture), Laure raconte comment une consultation qui devait l’aider à dépasser une relation toxique est devenue pour elle une situation d’emprise, source de nouveaux traumatismes. Utilisant la notion de transfert, le psychiatre fait insidieusement glisser les séances vers ce qu’il nomme de la “câlinothérapie”, une approche perverse par laquelle il soumet sa victime et lui refait vivre les traumatismes qu’elle a connus depuis toute petite.

Suite à ce témoignage, celui de Chloé qui raconte une autre forme d’emprise de la part d’un psychanalyste aux théories farfelues qui s’immisce et sème le chaos dans une famille.

  • Reportage : Anna Benjamin
  • Réalisation : Anne Depelchin et Eric Lancien

Aide et accompagnement :

  • Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) :
    https://fncidff.info/
  • Numéro national pour les violences faites aux femmes : le 3919 (gratuit, anonyme, 24h/24).
  • Associations de victimes, comme France Victimes (116 006).

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Le pas retrouvé – Reportage sur la thérapie LI-ICV

C’est comme de nouvelles lunettes, de nouveaux yeux. Le décor n’a pas changé, la planète n’a pas changé, mais comme moi j’ai changé, du coup tout a changé.

Ce petit film s’ouvre sur cette phrase de Fatima, qui raconte son parcours de guérison, grâce à l’accompagnement dont elle a bénéficié avec Dominique Joaus au CMP de Belleville. Un parcours de soin pour des survivant.e.s de traumatismes dont l’un des piliers est la thérapie LI (ICV).

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« La réparation » documentaire sur la justice restaurative

« La Réparation » est un documentaire qui explore la justice restaurative à travers des rencontres entre victimes et auteurs d’infractions. Loin du système punitif traditionnel, le film met en lumière un processus basé sur l’écoute, la reconnaissance et la reconstruction. Le documentaire montre comment des liens peuvent naître là où tout semblait brisé, tant pour les victimes que pour les auteurs.

à retrouver sur France tv

Disponible jusqu’au 03/11/2025

En France, victimes et auteurs d’infractions, de délits ou de crimes peuvent se rencontrer et dialoguer lors de dispositifs sécurisés et encadrés. Inscrite au Code pénal depuis 2014, cette « justice restaurative » est pensée comme un complément à la justice pénale et offre un espace sécurisé d’échanges. L’objectif est de permettre aux victimes de se reconstruire, et aux auteurs de prendre pleinement la responsabilité de leurs actes, afin de limiter le risque de récidive. Ce film suit l’un de ces dispositifs durant une année. Amélie, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation, et Séverine, juriste dans une association de victimes, préparent Marthe, Aurélien, Sylvain et JF, incarcérés pour assassinat ou tentative d’assassinat sur conjoint. Elles suivent aussi Emeline, Evelyne et Marie, victimes de crimes similaires.

Réalisé par : Isabelle Vayron, Chloé Henry-Biabaud

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Votre réalité se rétrécit après un traumatisme – voici comment l’élargir | Bessel van der Kolk

Le psychiatre Bessel van der Kolk, auteur de The Body Keeps the Score, explique que le traumatisme n’est pas seulement un souvenir, mais qu’il est physiquement vécu et revécu par le corps et le cerveau.

Il explique que les thérapies traditionnelles ne parviennent souvent pas à atteindre les centres de survie du cerveau où réside le traumatisme. La guérison passe plutôt par des expériences viscérales qui aident à reconnecter la perception, à construire un sentiment de sécurité et à reconnecter le moi. Grâce à des thérapies « trauma-informées » le cerveau peut (ré)apprendre à considérer le présent comme sûr.

Attention : la vidéo présente des images et des sons d’ambiance évoquant les soins d’urgence et des accidents

À propos de Bessel van der Kolk :

Bessel van der Kolk, docteur en médecine, est un psychiatre pionnier et un chercheur sur les traumatismes, surtout connu pour ses travaux sur le syndrome de stress post-traumatique. Il est l’auteur du best-seller The Body Keeps the Score, qui explore la manière dont les traumatismes remodèlent à la fois le corps et le cerveau. En tant que fondateur de la Trauma Research Foundation, il a dirigé des traitements innovants combinant les neurosciences, la psychothérapie et les approches corporelles pour guérir les traumatismes. Son travail a transformé la prise en charge des traumatismes dans le monde entier.

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[atelier zoom] Les dynamiques relationnelles dans le couple : atelier et groupe de suivi

Pourquoi certaines relations nous apaisent, tandis que d’autres nous perturbent ?
Pourquoi avons-nous besoin d’être rassuré en permanence ou au contraire, de tenir l’autre à distance ? Qu’est-ce qui nous amène à revivre les mêmes écueils ?

Nos façons d’aimer, de réagir face à l’autre, de chercher la proximité ou de nous en protéger, prennent racine dans des mécanismes profondément ancrés en nous. Ces dynamiques peuvent créer des malentendus, des tensions, et parfois un sentiment de répétition douloureuse dans nos histoires amoureuses.

Lors de cet atelier Zoom, nous explorerons :

🔹 Ce qui se rejoue inconsciemment dans la vie de couple
🔹 Les réactions émotionnelles face à l’intimité, à la distance, et aux conflits
🔹 Comment certains modes de fonctionnement peuvent s’attirer et se heurter
🔹 Des pistes pour sortir des cercles répétitifs et mieux se comprendre à deux

Suite à l’atelier, un groupe de suivi pour continuer à explorer ensemble

Un espace de soutien et d’évolution pour celles et ceux qui souhaitent approfondir le travail entamé, dans un cadre bienveillant.

Chaque séance inclut :

  • Un thème d’exploration autour des dynamiques d’attachement
  • Partages et réflexions en groupe
  • Des outils pratiques
  • 5 séances dans l’année – Durée : 1h30
  • Sur Zoom – En petit groupe, les mercredis à 18h
  • Tarif : 50€/session